This is the joint website of  Women Against Rape and Black Women's Rape Action Project. Both organisations are based on self-help and provide support, legal information and advocacy. We campaign for justice and protection for all women and girls, including asylum seekers, who have suffered sexual, domestic and/or racist violence.

WAR was founded in 1976. It has won changes in the law, such as making rape in marriage a crime, set legal precedents and achieved compensation for many women. BWRAP was founded in 1991. It focuses on getting justice for women of colour, bringing out the particular discrimination they face. It has prevented the deportation of many rape survivors. Both organisations are multiracial.

 

 

 

Dominique Strauss-Kahn: encore une fois politique et préjugés déterminent un cas de viol

Si les poursuites contre DSK sont abandonnées, le mythe que les femmes, et non les hommes, mentent au sujet du viol aura encore une fois préséance

katrin-axelsson.jpgKatrin Axelsson
guardian.co.uk, dimanche 3 juillet 2011

 

 

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Des travailleuses de l'hôtellerie de New York huent Dominique Strauss-Kahn à son arrivée aux tribunaux criminels de Manhattan pour sa mise en accusation. Photo : Craig Ruttle/AP

La poursuite contre Dominique Strauss-Kahn est mise en question à cause de "sérieux doutes sur la crédibilité" de l'accusatrice C'est une défense classique. Une femme qui signale un viol doit avoir un passé sans taches pour être considérée comme une victime de viol crédible. On dépense souvent plus de ressources pour enquêter sur la femme que sur l'homme qu'elle accuse, en particulier si celui-ci est riche et puissant et qu'elle ne l'est pas. Plusieurs femmes avec lesquelles nous avons travaillé et qui ont déclaré un viol ont fait l'objet d'une enquête secrète à l'aide de caméras cachées et d'enregistrement de lignes téléphoniques, et leur vie sexuelle a été minutieusement examinée. Certaines ont été accusées d'être de mauvaises mères, d'être de moeurs légères ou d'être une solitaire cherchant à attirer l'attention, de détester les hommes ou d'être prête à toute pour en avoir un. La plupart était des travailleuses et/ou des femmes de couleur.

La question qui se pose, toutefois, est celle de la pertinence. Kenneth P Thompson, l'avocat de la femme, met en évidence les preuves médico-légales qui soutiennent la version de la femme sur ce qui s'est passé. Il rejette des contradictions mineures dues aux d'exténuantes interrogations qui ont duré plusieurs heures. Les meilleurs avocats que peut se payer DSK disent que l'accusatrice a menti dans sa demande d'immigration, qu'elle est une prostituée et qu'elle est impliquée dans la vente de drogues. En quoi tout ça est-il pertinent aux allégations qu'elle a été violée ?

Ils disent qu'elle n'a jamais divulgué dans sa demande d'asile aux autorités qu'elle avait souffert de mutilation génitale féminine, mais que depuis elle a révélé ce fait. Certains média ont suggéré qu'elle pourrait maintenant être expulsée. Nous rencontrons chaque mois des dizaines de demandeuses d'asile qui ont été violées dans leur pays d'origine. On accuse les femmes de mentir si elle n'ont pas déclaré aux autorités tous les moindres petits détails à leur arrivée. Beaucoup d'entre elles sont profondément traumatisées. Qui parmi nous se confierait à un homme en position d'autorité quand nous entrons dans un pays étranger que nous connaissons à peine ou pas du tout ? Loin d'embellir ou d'exagérer la violence sexuelle, la plupart des femmes demandant l'asile la minimisent, l'évitent, la cachent. Voilà généralement ce que font les victimes qui ont subi un viol ou d'autres types de torture. Elles n'arrivent que très difficilement à revivre la douleur et l'humiliation; en fait plusieurs n'arrivent pas à trouver les mots qui décrivent ce qui leur est arrivé.

Et pourquoi la crédibilité d'une femme est-elle pertinente à une accusation alors que celle de l'accusé ne l'est pas ? Est-ce à dire qu'une accusation de viol peut être rejetée ? D'autres femmes au pouvoir social plus élevé ont accusé DSK d'être un prédateur sexuel, d'abuser sa position en tant qu'un des hommes les plus puissants du monde de la finance et de tentative de viol.

Voilà ce à quoi sont confrontées les victimes de viol : un système de justice où les préjugés et la politique peuvent déterminer l'enquête et le procès, et même décider du résultat final.

Cette affaire hautement médiatisée a d'abord commencé à donner de l'espoir aux femmes, en particulier les survivantes de viol, comme si une blessure enfouie depuis longtemps voyait finalement la lumière du jour. Au Royaume-Uni, une femme sur quatre a été victime d'un viol; plus de 90% des viols ne sont jamais déclarées à la police; et parmi les viols qui sont déclarées, seulement 6,7% résultent dans un verdict de culpabilité pour viol. Lors de la marche de SlutWalk les gens ont applaudi les pancartes où se lisait : "Nous sommes toutes des femmes de chambre". Et lors de notre protestation à l'extérieur du Crown Prosecution Service (Procureur du ministère) vendredi dernier, plus d'une douzaine de femmes ont pris la parole pour dénoncer la longue liste d'obstacles dressés contre elles quand elles ont voulu que soit poursuivi l'homme qui les avait violée.

Il y avait une protestation de femmes de chambre en uniforme à l'extérieur du tribunal de New York où DSK s'est présenté, majoritairement des femmes de couleur immigrantes. Leur conviction à l'endroit des allégations était très forte parce qu'elles connaissent très bien les avances non désirés que font les riches et les puissants, ces hommes dont elles nettoient les toilettes.

Si les poursuites contre DSK sont abandonnées, le vieux mythe que les femmes, et non les hommes, mentent au sujet du viol aura encore une fois préséance. Mais la colère des femmes, à New York, à Paris, à Londres, partout, devant l'impossibilité d'obtenir justice et devant les discriminations de sexe, de race et de classe du système judiciaire, ne saurait plus être réprimé.

Katrin Axelsson est porte-parole de Women Against Rape (Femmes contre le viol)

Les paragraphes suivants faisaient partie de l'article original :

Certains ont comparé cette affaire avec le cas de Julian Assange, qui plus tard ce mois-ci se présentera devant les tribunaux pour faire appel contre son extradition vers la Suède. Toutefois contrairement aux allégations portées contre Assange, une violence aggravante a été alléguée par la femme qui a dénoncé DSK, et elle a immédiatement déclaré l'acte à la police. Contrairement au cas d'Assange, cette victime est une demandeuse d'asile africaine et une femme de chambre, et non une femme blanche de la classe moyenne qui a de bons contacts. Et tandis que les procureurs sont déterminés à poursuivre Assange, dans le cas de DSK les procureurs commencent à émettre des doutes. Évidemment DSK est l'ancienne tête du FMI, un pilier de l'Establishment alors qu'Assange est recherché par le gouvernement américain (et autres) pour avoir divulgué la vérité sur cet Establishment.

Les poursuites contre DSK iront-elles de l'avant ? Les faits qui sont pertinent à l'allégation doivent être présentés à un jury. Malheureusement, selon notre expérience même devant un jury, ce qui n'est pas pertinent pourrait quand même être présenté devant la cour. Les parents de Milly Dowler, une adolescente assassinée, ont révélé comment ils ont été scandaleusement traités devant les tribunaux, comment leur relation avec leur fille a été disséquée, que le père a été accusé parce qu'on a trouvé des magazines pornographiques dans la maison. Comment est-ce que tout tout cela a rapport avec la défense d'un homme accusé de meurtre. Est-ce que le juge a soulevé la question ?

Publié en anglais dans THE GUARDIAN, guardian.co.uk, dimanche 3 juillet 2011

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